Marie d’Ortale

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Le carnaval en Corse

Tempi fà, le Carnaval était très différent de ce qu’il est devenu de nos jours.

Différent dans son but

Il est maintenant un simple divertissement où prédominent le défilé de chars et le bal costumé, il est uniquement fait pour s’amuser. Dans l’esprit des gens, on se déguise, souvent, pour faire rire. Mais les masques anciens semblent faits plutôt pour effrayer et renvoient à d’anciennes croyances.

Différent dans son aspect

A la fin du XIXe siècle, décrivant les déguisements, F. Ortoli écrivait :

« les masques sont généralement vêtus de peaux, barbouillés de suie, couronnés des cornes les plus longues qu’on a pu trouver et conduits par un roi : c’est le plus sale et le plus grotesque de la bande. »

Au XXe siècle, A. Trojani et PreteFilippi décrivent le même type de Carnaval, dont se souviennent encore les Anciens mais qui a disparu depuis longtemps pratiquement partout. Pour ceux qui désirent retrouver quelque chose d’à peu près similaire, il faut signaler celui de Brandu, reconstitué à partir de collectes réalisées dans le Cap Corse auprès des personnes âgées.

Différent dans son déroulement

Le Carnaval durait trois jours, et plus anciennement encore, de vingt jours à un mois, et devait se terminer le soir du Mardi Gras, avant les restrictions de Carême. Selon la formule de Lorenzi de Brandi (début du XXe siècle), « quand les grelots de Carnaval secouent la gravité corse ».

Il est de bon ton de faire bombance, avec une surconsommation d’aliments gras, de mets sucrés, de vins et alcools variés.

Deux dictons en font foi :

« U Carnavale ùn cunnosce dicetta. »

« Carnavale morse techju di frittelle. »

C’est le règne de la fanfaronnade, de la paillardise, des excès de nourriture et de l’ébriété.

Le roi, habillé de haillons, trône au milieu de sa cour, il affiche des penchants narcissiques et despotiques. Tout lui est dû. Ses gardes, aussi débraillés que lui, rançonnent ses sujets, qui sont soumis à l’impôt en nature (victuailles et boissons, baisers des femmes et jeunes filles). D’après Robiquet (début du XIXe siècle) :

« on nomme dans chaque village un roi dont les prérogatives varient selon les cantons. Mais il paraît que partout il a le droit de rançonner ses sujets et même les étrangers qui passent dans ses états. »

A. Casanova (1968) précise que c’est un homme d’âge mûr choisi pour « son esprit de répartie, son zèle inventif en matière de farces, l’importance de ses réserves de vin et sa parfaite connaissance des règles et coutumes de carnaval. »

Ortale a, semble-t-il, connu un carnaval de ce type ;  le roi et sa cour installés à l’entrée d’un chemin débouchant sur la route, exigeant un droit d’accès au village.

Dans les carnavals, peut-être moins paillards, une des dernières réjouissances était le « jeu des pignatte » (une marmite remplie d’eau, une de friandises et l’autre de cendres). Il s’agissait, les yeux bandés, d’essayer avec un bâton de casser la bonne marmite, en évitant les pluies d’eau ou de cendres. Quand, enfin, le contenu de la marmite tombait sur les assistants, chacun se précipitait pour ramasser sa part de friandises. Ce jeu est maintenant réservé aux enfants. On savait alors que la vie de Carnaval touchait à sa fin, et on se séparait à la fin des dernières danses, le roi déchu retrouvant sa vie ordinaire. Dans les villages où, monté sur un âne, il avait été remplacé par un mannequin de paille, celui-ci était brûlé, après avoir été accusé de tous les malheurs qui s’étaient abattus sur le village et ses habitants au cours de l’année écoulée.

Quelle était la fonction de ces différences ?

L’anonymat procuré par le déguisement permet le renversement de hiérarchies et des sexes.  Les hommes s’habillent souvent en femmes. En principe, la femme est exclue de la plupart de ces réjouissances.

L’ordre social est renversé. Les plus nantis sont mis à contribution par ceux qui le sont moins. On se moque des élus en faisant des promesses fantaisistes et même extravagante.

Certains en profitent pour mener à bien quelques petites vengeances. Insultes et punitions pleuvent, les antipathies peuvent se manifester librement, les gens sont tournés en ridicule.

Un état de tolérance s’installe : « Promenades, rapprochements, baisers, lutinage, poursuites deviennent autorisés. Les masques traquent les filles … apeurées mais satisfaites. »

Tous ces débordements se déroulent dans l’impunité la plus totale, les masques peuvent se permettre paroles audacieuses et gestes osés.

La société, croulant sous le carcan des conventions et de la morale durant tout le reste de l’année, peut ainsi pendant un instant se libérer de ses frustrations, même si elle n’est pas dupe et sait bien que rien ne sera changé en fin de compte, la période de Carnaval constituant ainsi une parenthèse, une soupape, contribuant ainsi, entre autre, au maintien de l’ordre établi.